14/03/2009: point de vue personnel sur le rapport Balladur par JC TURBANT

Beaucoup focalisent sur le seul point de la réduction du nombre de régions préconisée dans le rapport Balladur, alors que ce dossier aborde d'autres pistes beaucoup plus importantes pour la modernisation de l'architecture de nos collectivités locales : création de communes nouvelles et de métropoles pour amorcer le traitement de cette aberration française qu'est le morcellement des communes, suppression des cantons, structure désuète, élection au suffrage universel des organes des EPCI (les intercommunalités dotées d'un budget propre), élection conjointe des conseillers régionaux et généraux, clarification des compétences... Cela risque de servir ceux de nos élus qui sont prêts à jeter le bébé avec l'eau du bain, soucieux de plus d'efficacité dans la sauvegarde de leur poste que dans la défense des emplois de leur circonscription !
> Pour ma part, je ne suis pas attaché outre mesure à la région où je vis. Je me sens Amiénois d'adoption, mais Ch'ti d'origine et pas du tout picard ! Je ne suis pas un cas isolé : on trouve de moins en moins l’âme sœur dans son environnement immédiat et, d'autre part, la mobilité professionnelle s'est développée au cours des dernières décennies, ce qui est souvent indispensable pour éviter de rester chômeur ou de végéter dans sa commune ou sa région de naissance. En outre, pour avoir travaillé à Soissons, Compiègne et Beauvais, je suis certain que l'identité picarde est loin d'être partagée.
> Pour des raisons de taille critique, il ne serait pas aberrant de retoucher aux frontières des régions comme des départements, s'inspirant de ce qu'on fait à juste titre dans beaucoup d'entreprises couvrant le territoire national : les banques (par exemple le Crédit Agricole Brie-Picardie), les entreprises nationales (France Télécom), etc. Il y a pour la Picardie beaucoup de possibilités : l'éclatement évoqué par certains, mais aussi l'union en bloc avec le Nord/Pas-de-Calais, la Normandie ou la Champagne-Ardenne. Des projets comme l'A24 ou le canal Seine-Nord, par exemple, auraient gagné à être menés au sein d'une région plus vaste.
> Par contre, les motifs invoqués dans le rapport Balladur pour réduire le nombre des régions ne sont pas pertinents : avec 15 régions une grande partie d'entre elles ne pèsera pas plus qu'aujourd'hui sur le plan européen. La démonstration : avec aujourd'hui 8 (et pas 15) circonscriptions électorales pour les élections européennes, constituées sous le prétexte de rapprocher les élus des citoyens, les grands partis n'arrivent même pas à tenir cet objectif, dans leur savante recherche d'équilibre entre la parité imposée et le dosage des différents courants ; c'est ainsi que Vincent Peillon se présentera dans le Sud-Est, Michel Barnier en Ile-de-France et que Brigitte Fouré se voit proposer de s'expatrier dans le Centre ! Comment voulez-vous que ces candidats, s'ils sont élus, portent à Strasbourg les couleurs de leur région d'attache ? Il faut donc être clair : toute évolution du contour des régions doit avoir un objectif centré sur une cohérence au seul niveau français et non pas européen, ce qui change la donne en termes de taille critique, et la Picardie, si c'est le souhait de la majorité de ses habitants devrait pouvoir rester autonome !
 Jean-Claude Turbant